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..COMMUNIQUE :

La nouvelle Commission : un chef d’œuvre d’équilibre .

Lettres européennes 2019-12

La nouvelle présidente, Ursula von der Leyen, a publié mardi les noms et portefeuilles des nouveaux commissaires.
On peut d’abord remarquer que la plupart des gouvernements ont proposé des candidats de qualité, expérimentés, et, dans leur très grande majorité, pro-européens. Il faut reconnaître à Ursula von der Leyen un grand sens de l’équilibre et du compromis : presque autant de femmes (13) que d’hommes (14). Les trois grands partis du PE sont à peu près à l’équilibre. On compte pour la première fois plus de sociaux-démocrates (10) que de conservateurs (9), 5 libéraux, un apparenté vert, un indépendant (Slovénie) et un eurosceptique (Pologne). Seuls les Verts auraient pu ambitionner davantage de postes. Mais ce sont les gouvernements qui n’en ont pas proposé plus. Les pays de l’Est ne sont pas gratifiés de postes mineurs, notamment la Pologne, qui hérite de la PAC. Et tous ou presque ont une solide connaissance de leur sujet, une excellente expérience de l’Union et sont des Européens convaincus. La grande inquiétude pour l’Italie a été levée : la chute du gouvernement Conte 1 a permis d’envoyer à Bruxelles Paolo Gentiloni, fervent européen, au lieu de l’europhobe qu’aurait à coup sûr envoyé Salvini.
Mais il reste à passer la redoutable épreuve de l’audition par les commissions du Parlement européen. En 2014, deux candidats avaient été recalés. Cette année, outre la Roumaine Rovana Plumb, soupçonnée de corruption dans son rôle au sein du Gouvernement roumain, Sylvie Goulard risque de passer une audition difficile en raison de son inculpation de détournement de fonds européens au profit du MODEM lors de la mandature 2009-2014 – même si la plainte du PE a été levée à la suite du règlement par Sylvie Goulard de 45000 €. Et dorénavant, il faut réunir une majorité de 2/3 des voix pour être accepté. Ce n’est pas gagné d’avance pour certains.
 
Pour ceux qui voudraient une analyse approfondie de la composition de la future Commission, je renvoie à l’article très complet d’Emmanuel Berretta dans le Point, dont l’essentiel de cette Lettre est tiré, et à celui de Jean Quatremer dans Libération pour une analyse plus politique.
Voir également la présentation des nouveaux commissaires sur le site du Mouvement européen France, ainsi que les attributions du poste de Commissaire


Huit commissaires sortants sont renouvelés, à leurs fonctions anciennes ou à de nouvelles affectations :
Cliquer sur le nom pour voir la photo

Parmi les nouveaux, il faut mentionner quatre poids lourds :







.Quand Facebook, Amazon, Appel, Booking, Uber représentent 45% du marché européen ( La Chine s'assure 80 % de la production manufacturière aux États-Unis ), il est permis de s'interroger sur l'application du Traité de Rome qui régit, encore aujourd'hui les marchés, dérégulés par le concept, désormais chimérique de « concurrence libre et non faussée », que la Commission fait respecter avec dogmatisme.


........... Un marché dérégulé, affranchi de la tutelle des États, donne, aux multinationales ,les moyens de bénéficier de l,extra-territorialité, que l'Union européenne leur garantit : Évasion fiscale ( Luxembourg), optimisation fiscale ( Irlande ), fusions -délocalisations qui permettent aux sociétés de « quitter le pays en douceur, sans encourir les foudres du pays d'origine » * afin de déplacer leurs sièges sociaux. ( EADS a implanté son siège aux Pays-Bas, Arcelor-Mital à Londres, Solvay-Rhodia en Belgique, Lafarge-Holcim en Suisse, etc...)


.......... C'est ainsi que L'Union a permis, par défaut, une concurrence féroce entre les États européens, qui affaiblit le tissu économique de chacun, leurs capacités à créer des richesses, à encourager la création d'entreprises, la formation, ... pour créer des emplois...


......... Et voici, qu'avec le CETA, n'importe quelle multinationale pourra attaquer n'importe quel État fixant une règle environnementale, sociale ou culturelle, qui nuit à ses intérêts.


.......... L'idée qu'il y aurait des perdants et des gagnants, mondialisation oblige, n'est pas recevable quand ils concernent les États de l'Union européenne, qui ont, tous, la contrainte de protéger leurs entreprises des grandes firmes qui pratiquent l'imposture fiscale, discriminatoire et perfide.



 

« Le dogme de la concurrence, de la loi de l'offre et de la demande et de la souveraineté de l'individu interdit la protection du travailleur et du consommateur mais pas le protectionnisme, les monopoles, les ententes, les trusts, les privilèges fiscaux, les dumpings » .

Henri GUAINO .... FORUM



U.E. et multinationales.


Une partie considérable des activités humaines, dans le monde, contribue à la vitalité des multinationales.


Les locomotives de l'économie sont des cartels, présents sur toute la scène internationale pour produire des biens, offrir des services ou faire exister de grandes enseignes de distribution, à vocation universelle.


Ce monde pousse vers la concentration des entreprises afin de réaliser des gains d'économie d'échelle et une réduction des coûts, écartant tout ce qui ressemble à de la dispersion et de l'émiettement de la production, avec les conséquences que l'on devine pour l'entreprise familiale...


Mais la conquête de marchés, toute reconquête industrielle, technologique ou scientifique ne peut être obtenues que par le truchement et le canal de ces champions mondiaux ( européens si possible ), capables de lutter à égalité avec les autres : Dans leurs sillages, toute une économie de services et de sous-traitants devant se développer.


C'est de synergie, qu'il s'agit de favoriser et non de « marché idéal » basé sur la « concurrence libre et non faussée » qui a fragilisé, pendant des décennies, le potentiel industriel des Européens, notamment celui de la France. Tout ce qui paraît ériger un avantage national, voir européen, a été « traqué sans pitié » par Bruxelles !


Alors que dans le même temps, les grandes firmes se sont affranchies de leurs obligations, ont externalisé leurs sièges sociaux et utilisé les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt, elles sont devenues les acteurs et les principaux responsables du déclin économique de l'Europe.



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..Le moins-disant social, levier de compétitivité en Europe





« Il n’y a pas que le sérieux budgétaire, il y a aussi le sérieux social », confiait Bernard Cazeneuve à des journalistes à Bruxelles.

Un discours marginal dans l’UE, où l’urgence de la crise a fait naître un complexe de la dépense publique capable d’éclipser le débat sur d’autres pratiques, cette fois décomplexées, qui sont le lot quotidien du marché du travail européen.

Au nom de la compétitivité, certaines entreprises optent pour une stratégie prédatrice en recourant à des travailleurs issus principalement d’Europe de l’Est, détachés dans les chantiers de l’Hexagone dans des conditions scabreuses, mais économiquement profitables .

« La production agricole est délocalisable »

Outre-Rhin, le secteur de la viande est compétitif. En l’espace de 5 ans, l’Allemagne a doublé ses exportations de porc. Des performances inversement proportionnelles aux conditions sociales qui règnent dans les abattoirs. Chez Westfleisch ou Tonnies, qui font partie des leaders du marché, 80 % à 90 % des employés viennent d’Europe de l’Est, rapporte le SNIV-SNCP. Le secteur de la viande n’est régi par aucune convention collective et les travailleurs ne bénéficient pas toujours d’un comité d’entreprise.

Pour être compétitive à l’export, l’Allemagne actionne deux leviers. Elle pratique « le protectionnisme à travers des certifications de marché et abaisse ses coûts de production pour prendre des parts au sein de l’UE et à l’international », résume Pierre Halliez, présent à une conférence à Bercy vendredi 5 avril.

Et la stratégie fonctionne, au point de déclencher un nouveau phénomène de délocalisation en Europe, celle de la découpe de viande. Contrairement aux « idées reçues, la production agricole est délocalisable », observe le professionnel.

En quelques années, l’Allemagne est parvenue à doubler ses importations de porcs vivants, dont l’un des principaux circuits est désormais bien rodé : « Les porcs naissent au Danemark, puis se font abattre en Allemagne par des travailleurs roumains », résume M. Halliez. Danish Crown, poids lourd mondial de la filière porcine, réalise désormais 86 % de sa découpe hors de ses frontières. Si le procédé permet d’abaisser les coûts, 5000 emplois ont été perdus sur place.

Des symptômes de fragilité gagnent aussi la France, à l’image de la secousse ressentie par le groupe Gad, actuellement en redressement judiciaire. 1700 emplois sont en jeu en Bretagne, région qui voyait dans l’agroalimentaire un rempart anti-crise.

La sécurité sociale bradée

Le différentiel de compétitivité entre les deux rives du Rhin est net : la marge réalisée par les industriels allemands sur un kilo de viande peut être 5 fois supérieure à celle des Français, ce qui leur permet d’investir davantage. Ce modèle asymétrique, qui fait du salaire des étrangers une importante variable d’ajustement, atteindrait-il ses limites ?

A cause de l’effet d’entraînement, il « provoque une baisse des salaires à court terme dans le pays d’accueil », constate Vincenzo Spiezia, économiste à l’Institut international d’études sociales. « En économie, la notion de court terme reste floue. Elle peut vouloir dire une à deux décennies. »

La campagne des élections législatives en Allemagne devient une caisse de résonance de ces préoccupations. Une certaine prise de conscience émerge, à travers un consensus transpartisan sur la nécessité d’introduire des salaires minimum par branche ou par entreprise.

D’autres signaux positifs sont repérés. En octobre dernier, la Cour de justice européenne a rendu « un arrêt anti-dumping », à en croire la formule retenue par les juristes. Les juges ont privilégié l’application du régime de la sécurité sociale française au profit d’un salarié envoyé dans l’Hexagone par un sous-traitant polonais.

Outre les salaires, c’est en effet sur les régimes de protection sociale que les entreprises se forgent sans scrupules et en toute légalité leur avantage compétitif. « J’ai vu des sociétés d’intérim proposer des offres 40 % moins chères en appliquant le système de sécurité sociale polonais », signale Laurent Gamet, avocat chez Flichy-Grangé.

La réglementation européenne facilite la mobilité des travailleurs détachés en leur permettant de rester affiliés à la sécurité sociale de leur pays pendant un an. Une période reconductible une fois, si les autorités du pays d’accueil donnent leur aval. EURACTIV



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..... Compétitivité et développement industriel : un défi européen

...Jean-Luc Gaffard : OFCE & SKEMA Business School 



Les pays européens sont confrontés à un double défi :

Celui de la délocalisation de l’activité industrielle vers des pays émergents, mais aussi et peut-être surtout, pour certains d’entre eux,

celui de la perte de compétitivité vis-à-vis d’autres pays européens au sein même de la zone euro, typiquement de la France vis-à-vis de l’Allemagne.

Or, le développement de l’activité industrielle, productrice de biens matériels, est essentiel quand on sait que plus de 70 % des exportations et plus de 80 % des dépenses de R&D sont liées à l’industrie. Aucun pays ne peut imaginer rester sur une trajectoire de croissance s’il perd son industrie et se trouve, de ce fait, confronté à un déficit croissant de ses échanges extérieurs.

Certes, les services ont pris le pas sur l’industrie manufacturière. Si ces services constituent des activités dont le produit est exportable, ils s’inscrivent dans la logique des échanges internationaux et correspondent à une forme de division internationale du travail. En revanche, si les services développés ne donnent pas lieu à des flux financiers entrants, ils ne répondent pas à la nécessité d’atteindre un équilibre des échanges extérieurs.

Le recul des activités industrielles dans les pays développés en termes de valeur ajoutée et d’emplois fait resurgir la question du protectionnisme impliquant de chercher à substituer des productions domestiques aux productions importées.

En Europe, où la plupart des pays sont concernés par ce recul, des voix s’expriment en faveur d’un protectionnisme européen qui reposerait, notamment, sur la définition de normes sociales et environnementales imposées aux productions importées des pays émergents. Sans doute, faut-il veiller au respect des règles acceptées au terme de négociations internationales, mais il semble difficile d’imposer aux pays émergents des normes trop drastiques dont l’application pénaliserait tant la croissance de leur produit intérieur brut que celle du niveau de vie de leur population, à terme bénéfique pour tous. Sans compter que nombre de produits importés ne sont déjà plus fabriqués en Europe  

Le recours au protectionnisme est comme un refus de voir la réalité des problèmes rencontrés par l’Europe dont il faut convenir qu’ils sont au moins autant internes qu’externes :Une croissance faible depuis plusieurs décennies est, plus récemment, allée de pair avec des écarts croissants de performance industrielle entre les principaux pays concernés avec pour effet des surplus ou des déficits durables de balance commerciale de l’un ou de l’autre.

Faute de convergence réelle, la cohérence de l’Union européenne est menacée. Les causes du phénomène de désindustrialisation couplé à des déséquilibres commerciaux structurels sont multiples. Les fausses solutions fleurissent qui font abstraction de la complexité du tissu industriel, qu’il s’agisse de faire porter l’effort sur le seul coût du travail ou de plaider pour des formes plus ou moins élaborées de protectionnisme.

Si l’organisation du tissu industriel détermine les performances des entreprises, grandes ou petites, qui la composent, elle ne saurait pourtant faire ignorer la dimension macroéconomique du problème qui est au cœur de la question européenne et qui appelle à réunir, au niveau national et européen, des mesures de politique industrielle et des mesures de politique macroéconomique dont le but est de lisser la fluctuation en cours.



La désindustrialisation : un dilemme européen



L’irruption des pays émergents proposant des productions à faibles coûts salariaux et bénéficiant d’une diminution spectaculaire des coûts de transport est la cause majeure des délocalisations d’activités à fort contenu de main-d’œuvre et faible contenu technologique. Elle constitue, à première vue, la source principale de désindustrialisation et de déficit du commerce extérieur.

Il convient, cependant, d’observer que le commerce international prend majoritairement place entre pays aux caractéristiques similaires et à l’intérieur des industries plutôt qu’entre industries.

Cette situation s’explique par la différenciation des biens et la recherche d’économies d’échelle.

Les stratégies d’entreprises sont plus déterminantes que les dotations de facteurs.

Des gains non seulement mutuels, mais équitablement partagés sont possibles.

Dans ce contexte, une désindustrialisation, finalement plus inquiétante, procède du creusement des écarts de performance industrielle entre pays similaires générateurs de déséquilibres commerciaux.

Ces écarts croissants de performance industrielle entre pays comparables en termes de niveau de vie traduisent avant tout des différences de qualité des biens produits.

Il ne faut pas, pour autant, négliger les conditions de coût qui pèsent dès lors qu’un effort de modernisation, exigeant de dégager un excédent brut d’exploitation, devient nécessaire précisément pour conquérir une niche technologique ou un segment de marché.

L’équilibre des échanges intra-branches est remis en cause et le pays dont le modèle d’entreprise est le mieux adapté au développement de l’industrie acquiert, du fait de l’intégration des marchés, un avantage cumulatif.

L’Allemagne est ainsi parvenue à la quasi stabilisation de ses parts de marché à l’exportation au niveau mondial grâce à leur augmentation réalisée dans l’Union européenne (+1,7% au cours des années2000) et plus encore dans la zone euro (+2,3%), quand la France a perdu des parts de marché dans ces mêmes zones (respectivement 3,1% et 3,4%).

Les surplus commerciaux nés de la supériorité compétitive dans l’industrie engendrent des flux de capitaux en provenance des pays excédentaires et à destination des pays déficitaires. Mais ces capitaux, au lieu d’aider au financement d’investissements productifs, peuvent alimenter l’achat d’actifs immobiliers ou financiers dans ces derniers pays.

Les déséquilibres du commerce extérieur deviennent structurels.

L’industrialisation des uns alimente la désindustrialisation des autres.

La difficulté vient de ce que, faute d’investissements productifs dans les pays déficitaires, un retournement des flux commerciaux devient impossible.

Ce qui est vrai de la relation entre la Chine et les États-Unis l’est tout autant de la relation entre l’Allemagne et l’Espagne, voir la France.

Les fausses solutions

Le coût du travail n’est pas la cause unique ou même déterminante de la désindustrialisation et des déficits commerciaux.

Chercher à diminuer ce coût ou imaginer se spécialiser dans des productions haut-de-gamme où le coût du travail ne jouerait pas serait vain.

D’une part, les différences de coût restent telles que l’on imagine mal combler l’écart (de 1 à 3 avec la Chine s’agissant du coût salarial unitaire), à moins d’envisager une diminution drastique du niveau de vie dans les pays avancés et d’avaliser un transfert de richesses.

D’autre part, les pays émergents pourraient être de plus en plus présents sur des segments d’activité relevant des moyennes ou hautes technologies.

En fait, aussi délicat que cela puisse paraître, la solution à moyen terme des difficultés nées de cette forme de concurrence devrait reposer sur l’élévation des salaires et sur la croissance de la demande interne dans les pays émergents.



Si problème de coût du travail il y a, c’est, comme on le verra, quand il surgit entre pays de niveau de développement comparable et concourt à une divergence croissante de leurs résultats.

Il est tout aussi illusoire de vouloir répondre en proposant des mesures incitant à acheter ou produire les biens domestiques.

La fragmentation internationale des processus de production, non seulement, rend difficile une identification de l’origine des produits, mais constitue un facteur de compétitivité des entreprises qui y procèdent y compris des segments localisés dans le pays dont ces entreprises sont originaires. Par ailleurs, si d’aventure il était possible de favoriser ainsi les productions locales en faisant usage de labels, cette forme de protectionnisme se ferait au détriment des productions de pays semblables en termes de niveau de vie et de coût du travail. Elle aurait, vraisemblablement, pour effet de réduire les flux commerciaux sortants comme entrants, aggravant encore, de manière asymétrique, la désindustrialisation.

De manière générale, il est dangereux de créer, sous couvert de faire acheter ou de faire produire dans un pays, les conditions d’une concurrence fiscale et sociale accrue, entre les pays de niveau de développement comparable, comme ce pourrait devenir le cas entre grands pays de la zone euro. La demande intérieure de chaque pays ne peut qu’en souffrir avec pour conséquence une pression accrue à la désindustrialisation ainsi qu’un creusement des déséquilibres commerciaux.

Le dualisme introduit sur le marché du travail, singulièrement en Allemagne avec les réformes Hartz, est une dimension de cette forme de concurrence. Il réduit le coût du travail de la production industrielle qui fait naturellement appel à des activités de services externalisées.

Ainsi, alors que le coût horaire du travail est sensiblement le même en Allemagne et en France dans l’industrie (autour de 33 euros de l’heure), il est nettement moins élevé en Allemagne qu’en France dans les services marchands (27euros contre 32 euros). L’avantage compétitif de l’Allemagne en termes de qualité se double d’un avantage de coût salarial. Mais il en affecte négativement la demande interne.

Les stratégies mercantilistes de recherche des excédents du commerce extérieur introduisant ce type de réforme structurelle, si elles devaient se généraliser, ne sont pas viables. Elles conduisent à une exacerbation des conflits entre nations ou groupes de nations tout simplement parce que pour exporter il faut que d’autres importent. Elles ignorent que le véritable avantage dans l’échange international est de pouvoir importer des biens produits ailleurs dans de meilleures conditions et, ainsi, de libérer des ressources qui peuvent alors être mieux utilisées dans de nouvelles activités.



La réalité du monde industriel

Le tissu industriel est complexe. Il est fait d’entreprises de toutes tailles, plus ou moins diversifiées, qui entretiennent entre elles des relations de marché mais aussi des relations de coopération.

La performance de chacune d’entre elles doit être saisie à travers la configuration de ses activités et le réseau complexe de relations qu’elle noue avec ses concurrents, ses fournisseurs et ses clients, ses bailleurs de fonds.

Les activités industrielles s’inscrivent dans un monde globalisé. Pour autant, les conditions de marché diffèrent suivant la nature des produits. Il faut distinguer entre les marchés mondiaux et les marchés régionaux.

Les marchés mondiaux mettent en concurrence les producteurs de tous les pays car les coûts de transport sont suffisamment bas pour que chacun d’entre eux soit en mesure de toucher une clientèle mondiale. Ils concernent des produits bas-de-gamme, mais aussi des produits techniquement avancés.

Les marchés régionaux mettent, au contraire, en présence des unités de production qui servent un marché géographiquement limité, une clientèle locale. Les entreprises concernées entrent en concurrence entre elles sur les différents marchés régionaux, mais elles sont largement à l’abri, du fait de la segmentation géographique de la clientèle, des effets des différences de coût ou des variations de change.

Le modèle d’entreprise qualifié de « modèle rhénan » ou de « modèle commercial industriel » est particulièrement adapté au développement d’entreprises s’adressant à des marchés mondiaux et prémunit largement les pays d’origine de ces entreprises du risque de désindustrialisation.

Le renouvellement d’un cœur industriel doté de fortes capacités technologiques et la fragmentation internationale de la production sont devenus les caractéristiques de ce modèle. La fragmentation des processus de production, consistant à externaliser dans les pays à bas coûts salariaux la production des biens intermédiaires (y compris des biens de moyen ou haut niveau technologique)ensuite importés en tant que composants des biens finals produits, permet de renforcer la compétitivité de ces derniers, de maintenir et de développer l’emploi industriel domestique et de stimuler les exportations.

Dans le cas de l’Allemagne, le mécanisme ainsi mis en œuvre est d’autant plus efficace que les importations de biens intermédiaires bénéficient de la valeur élevée de l’euro et les exportations se font pour une grande partie au sein de la zone euro.

L’organisation industrielle choisie tire ainsi pleinement parti d’une monnaie unique forte et de l’intégration financière.

Le tissu industriel est, par ailleurs, caractérisé par la naissance et le développement de nouvelles entreprises en même temps que par la pérennité d’entreprises de taille intermédiaire.

Des entreprises, singulièrement aux Etats-Unis, effectuent des innovations technologiques majeures et sont destinées, quand elles réussissent, à dominer un marché de biens ou de services relevant de la haute technologie. Elles peuvent alors atteindre une grande taille et disposer d’un pouvoir de monopole.

D’autres entreprises contrôlent des niches technologiques correspondant, le plus souvent, à des produits intermédiaires de gamme haute ou moyenne. Dans ce dernier cas, caractéristique de la situation de l’industrie en Allemagne où existent 16 000 entreprises entre 500 et 5 000salariés contre 4 000 en France, les entreprises concernées doivent leur performance à leur insertion dans un tissu relationnel local stable.

Généralement, elles conservent leur cœur de métier dans leur pays d’origine où elles localisent une forte activité d’innovation qui concerne la R&D mais aussi les investissements dans les prototypes impliquant de s’assurer de la maîtrise technique de la fabrication des produits.

Les implantations à l’étranger sont conçues pour servir les marchés locaux et devenir la source de profits, pour partie rapatriés, qui viennent financer l’innovation.

Les relations que ces entreprises nouent avec les grands groupes sont stables et leur garantissent à la fois le financement des nouveaux investissements et la conservation des marchés.

L’enrichissement des tâches et des compétences propre à l’activité domestique justifie un niveau relativement élevé des salaires.

Il reste que la performance industrielle dépend aussi de la taille de la demande si l’on se souvient que le propre de l’organisation industrielle est d’engendrer des rendements croissants qui exigent une augmentation à due proportion de la demande.

Deux questions sont alors posées.

La première est celle du rôle joué par la demande extérieure qui vient éventuellement en complément ou en substitut de la demande interne.

La deuxième est celle de la relation entre la demande et la répartition des revenus et des richesses.

Une répartition primaire relativement égalitaire et une redistribution source de financement de biens publics relativement limitée sont favorables à la demande de biens durables produits par l’industrie.

En revanche, une répartition primaire très inégalitaire favorise la consommation de biens de luxe souvent produits dans des conditions artisanales, tandis qu’une forte redistribution favorise la demande de services non exportables. Le tout au détriment du développement industriel.

Les conditions d’une ré-industrialisation

Dans le cas de la France, les PME ont souffert moins de barrières à l’entrée que de barrières à la croissance. Leurs managers ont trop souvent été enclins ou incités à les céder à de grands groupes plutôt que d’en assurer la croissance.

L’absence de partenariat véritable avec ces groupes en est l’une des causes en même temps que les difficultés rencontrées auprès des banques et des marchés pour obtenir un financement pérenne.

De leur côté, les grandes entreprises industrielles, qu’elles soient présentes sur une multitude de marchés locaux ou sur des marchés internationaux, ont fait le choix de la croissance externe et d’un éparpillement territorial de leur implantation ainsi que de celle de leurs fournisseurs d’équipements ou de services.

Cette stratégie, conçue pour répondre au déplacement géographique de la demande, mais aussi pour faire droit à des impératifs de rentabilité immédiate exigée par un actionnariat volatile, s’est faite, en partie, au détriment du développement de tissus productifs locaux.

Elle a été réalisée grâce un vaste mouvement de fusions et acquisitions mobilisant des compétences avant tout financières.

Les institutions financières se sont, de leur côté, converties au modèle de banque universelle, délaissant en partie leurs métiers traditionnels de banque de crédit, mais aussi de banque d’affaires

Ainsi, la désindustrialisation est ainsi d’autant plus manifeste que les grandes entreprises optent pour la délocalisation plutôt que pour la fragmentation de leur production, pour la spécialisation plutôt que pour la diversification de leurs métiers qui leur permettrait d’atténuer l’effet des cycles propres à chaque métier, ou même, dans des cas extrêmes, pour se débarrasser de toute production matérielle, alors même que leurs activités et leurs compétences ne le justifient pas.

Elle est d’autant plus manifeste que le tissu des petites et moyennes entreprises reste fragile, confrontées qu’elles sont à des barrières à la croissance qui tiennent aussi bien à la faiblesse d’un véritable esprit d’entreprise qu’à l’instabilité des relations avec leurs principaux clients que sont les grandes entreprises.

Dans ce contexte, le principe de solution à la désindustrialisation porteuse de rétablissement du compte extérieur s’articule autour :

de la réorganisation du système industriel qui touche au mode d’internationalisation de l’activité,

au périmètre des métiers exercés par les grandes entreprises,

aux relations des entreprises entre elles ainsi qu’avec leur environnement réglementaire, fiscal, financier.

Réindustrialiser l’économie en favorisant une réorientation des stratégies des entreprises, grandes et petites, exige un effort d’investissement spécifique dès lors qu’il est question, à la fois, d’introduire de nouvelles technologies et de réorganiser le tissu industriel.

Les investissements requis sont coûteux et mettent du temps à être accomplis.

Ils exigent, pour être mis en œuvre, que les entreprises soient assurées de la cohérence d’ensemble de leurs stratégies respectives.

La tâche fondamentale de la politique industrielle est de créer les conditions de réalisation de ces investissements.

L’objectif est d’ancrer localement les dépenses de R&D, ainsi que les investissements destinés à la maîtrise de l’usage des technologies et des matériaux.

L’État, loin de devoir se retirer, devrait conditionner les aides publiques à l’existence de relations partenariales entre entreprises, entre entreprises et laboratoires de recherche. Ce faisant, il n’attenterait pas à la concurrence, éviterait le piège consistant à désigner des champions nationaux, mais il promouvrait les formes utiles de coopération. 

L’État devrait, en outre, établir les règles et les institutions qui permettent de restaurer un système efficace de financement des entreprises impliquant pour les institutions financières de s’engager à moyen terme auprès des entreprises qu’elles financent, et pour les entreprises, d’avoir un actionnariat stable, bref de rétablir un équilibre des pouvoirs entre la propriété et le management.

Le développement des petites et moyennes entreprises, essentiel dans la perspective de constituer un tissu industriel cohérent et efficace, est tributaire de l’environnement institutionnel et réglementaire.

L’objectif est de permettre à ces entreprises de disposer des ressources financières et humaines nécessaires. Aussi, les réglementations qui touchent au fonctionnement des marchés doivent-elles être conçues pour garantir un taux de rentabilité suffisant à court comme à moyen terme et pour favoriser la création d’emplois qualifiés.

La question européenne

Il reste essentiel de ne pas céder à l’obsession de la compétitivité, quand il est question de la position d’un pays et non d’une entreprise.

La compétitivité d’un pays tient à sa capacité d’exportation, sachant que l’essentiel des exportations est de nature industrielle. Mais cela ne signifie, en aucun cas, que son objectif devrait être de rechercher un excédent maximum de ses exportations censé venir compenser le déficit de demande interne.

Un pays n’est pas une entreprise. Quand il gagne des parts de marché dans un domaine, son revenu augmente, ce qui peut avoir pour effet de stimuler ses importations et de bénéficier, par ce canal, à d’autres pays.

C’est dire la faiblesse des thèses mercantilistes (plus exactement de la caricature qui est faite des écrits mercantilistes) et le danger effectif de discours fondés sur l’obsession de la compétitivité d’un pays quand cette notion est mal comprise.

Pour autant, des problèmes de compétitivité d’un pays existent. Ils concernent la capacité d’équilibrer les importations par les exportations.

Reconnaître que l’échange international peut être bénéficiaire pour tous n’implique pas qu’il faille se désintéresser de l’état de la balance commerciale en imaginant qu’elle s’équilibre automatiquement.

Le discours politique contemporain sur la compétitivité renvoie immanquablement aux notes de Keynes sur le mercantilisme dans la Théorie Générale qui sont d’une étonnante actualité pour la raison qu’elles proposent une critique des thèses strictement libre-échangistes sans verser dans une apologie de la recherche systématique des excédents commerciaux.

Afin de ne pas verser, à l’opposé, dans l’obsession de la compétitivité, il faut avant tout saisir la nature des difficultés en jeu :

Elles résident, comme Keynes le soulignait, dans le paradoxe de l’épargne.

À l’échelle de l’Europe, ce paradoxe se traduit avant tout par le fait que les excédents commerciaux des uns ont entraîné des flux de capitaux vers les pays déficitaires qui se sont perdus dans des dépenses improductives.

C’est bien pourquoi, si l’Europe veut continuer d’exister et de se développer comme entité régionale intégrée, les politiques mises en œuvre doivent viser à rétablir la cohérence des intérêts et des performances des principaux partenaires.



L’enjeu est bien d’aider à la réindustrialisassions là où la désindustrialisation a été la plus prononcée.

Ces politiques ne sauraient se résumer à des réformes structurelles qui ne feraient qu’exacerber une concurrence fiscale et sociale dommageable à la performance globale.

Elles doivent permettre de stimuler l’offre de nouveaux biens en même temps que la demande de produits industriels là où elle est déficiente ou à éviter sa diminution brutale là où les déficits sont élevés de manière, notamment, à retrouver un équilibre des flux commerciaux intra européens. Elle est en contradiction avec le choix d’une austérité budgétaire généralisée qui ne peut qu’affaiblir les segments les plus faibles des industries européennes et concourir au creusement des écarts de performance.

Il faut, sans doute, réaliser des économies budgétaires, mais à condition qu’elles n’affectent ni les investissements garants de la croissance future, ni les stabilisateurs automatiques. Il faut, donc, aussi se donner les moyens de ne pas réduire trop vite et trop brutalement dépenses et dette publiques en allégeant la pression des marchés financiers grâce à des intervents. Une première série de mesures devrait consister a soutenir la demande intérieure de résidents qui viendraient se substituer aux non-résidents dans la détention de la dette publique, dont un taux d’épargne domestique élevé devrait garantir le succès.

Une deuxième série de mesures devrait consister dans la relance de la coopération industrielle à l’échelle de l’Europe grâce à la mise en œuvre de programmes de développement technologique et de formes appropriées de financement public et d’intermédiation financière.

Ainsi une communauté européenne de la recherche et de l’environnement pourrait constituer l’institution capable d’impulser ce type de programmes.

Elle pourrait être assortie d’un fonds doté d’un capital public, réalisant des émissions d’euro obligations pour financer des projets industriels dans le domaine de l’environnement.

Conclusion

L’Europe est confrontée au phénomène de désindustrialisation commun à tous les pays développés qui doivent faire face à la capacité compétitive des pays émergents.

Pour autant, la difficulté principale à laquelle elle doit faire face est, sans doute, ailleurs : dans le creusement des écarts de performance industrielle entre pays européens.

Cette difficulté ne trouvera pas sa solution dans le protectionnisme ou dans une concurrence fiscale ou sociale faisant office de dévaluation au sein de la zone euro.

Elle ne pourra être résolue que si les pays, actuellement les moins bien placés en termes de compétitivité de leurs entreprises industrielles, créent les conditions pour que se constitue ou reconstitue un tissu industriel efficace couplant un ancrage local stable avec la fragmentation internationale des processus de production.

Elle ne pourra l’être, en outre, que si des mécanismes de solidarité européenne prennent place du côté de la demande globale comme du côté de la stimulation d’une offre à fort contenu technologique et environnemental.

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.. Dans la mêlée mondiale ....

......Ce n'est pas le protectorat qui nous menace, c'est la désagrégation pure et simple. Je redoute que les États européens ne soient même pas capables de maintenir les grands acquis.

Et d'abord la paix. Cela paraît démentiel d'imaginer la renaissance du nationalisme qui nous ramènerait à des conflits tragiques que la construction européenne avait pour fin de dépasser. Mais on ne peut l'écarter. Je redoute qu'une Europe dramatiquement affaiblie ne se transforme en champ de bataille de forces politico-économiques qui lui sont extérieures.

Or, il n'y aucune raison de penser que tous les pays auront une même analyse et une même stratégie face aux menaces de demain. Je ne crains pas seulement des désaccords entre la France et l'Allemagne, je me demande quelle raison ces deux pays pourraient avoir de marcher du même pas et d'avoir une position commune si ce sont les forces de la mondialisation qui l'emportent.

Il n'est pas évident que les peuples ressentent le besoin d'être réunis dans la mondialisation de demain. Dans un monde dérégulé, on sent monter une obsession de la protection imaginaire qu'offrirait le cadre national...

.......................................................................... Étienne ALIBAR.............................

Pour Pékin, Bruxelles n'existe pas

....Il est maintenant certain qu'il y a pour Pékin un intérêt à soutenir les pays périphériques de l'Union européenne, en rachetant leur dette souveraine. L'objectif de Pékin est de peser sur le maillon européen le plus faible pour servir ses intérêts stratégiques dans l'ensemble de l'Union.

...D'autre part, la Chine a joué la carte des contrats commerciaux ( achat d'avions Airbus pour un montant total de 7,5 milliards de dollars) pour tenter d'influer sur les politiques communautaires notamment en matière d’environnement, et d'assouplir les exigences de Bruxelles qui lui ne conviennent pas.

...Dans chacun des États qu'il visitent, les dirigeant chinois et les hauts responsables, rencontrent leurs homologues dans le cadre de relations exclusivement bilatérales. La visite exceptionnelle du Premier ministre, en juin dernier, Wen Jiabao, accompagné par treize de ses ministres, témoigne de l’intérêt du géant asiatique pour l'Europe. Cette tournée était remarquable non seulement pour ses enjeux commerciaux et politiques, mais également parce que c'est la deuxième fois en quelques mois qu'un haut responsable chinois se rend en Europe ,après le président Hu Jintao, en novembre 2010. Tout comme ,lors de la récente visite d'Obama, le concept d'Europe a brillé par son absence.

Dans chacun des États qu'il a visités ( Allemagne, Hongrie, Royaume-Uni), le dirigeant chinois a rencontré ses homologues dans le cadre de relations exclusivement bilatérales.

...La Chine est déjà le premier exportateur mondial, la deuxième puissance économique, la première détentrice de réserves de change et la banquière du globe.

...Il est, non seulement nécessaire, mais urgent, d'élaborer une véritable stratégie européenne commune fondée sur le respect et l'exigence ; Sans négliger la fragilité de la croissance de la Chine, sa politique monétaire égoïste et surtout ses déficiences démocratiques et la carence de l’État de droit ......................................................................................................................................... El Pais Madrid





La « menace protectionniste », ce concept vide de sens Par Frédéric Lordon

« Strauss-Kahn craint le retour du protectionnisme (1) », « Menaces protectionnistes (2) », « Protégeons-nous du protectionnisme (3) », « La situation comporte deux risques majeurs : des troubles sociaux et le protectionnisme (4) ». Entre logorrhée et franche panique, on dirait une attaque de gastro. Et, plus ils le disent, moins ils savent de quoi ils parlent. Evidemment, pour s’en apercevoir, il leur faudrait prendre le temps de réfléchir un peu au sens des mots – et surtout de suspendre, si c’est possible, le réflexe spasmodique qui fait dire immédiatement « guerre », « xénophobie » et « repli sur soi », parfois même un peu baver au coin des lèvres.

Il y a bien des manières de discuter du commerce international, notamment celles de la macroéconomie qui en envisage différentes configurations, évalue leurs mérites respectifs, leurs contributions à la croissance ou aux inégalités, etc. Cette discussion en soi a toute sa valeur, mais il n’est pas certain qu’elle traite comme elle le croit de la question du protectionnisme. Car la grande question préjudicielle est bien celle-là : y a-t-il quelque chose comme une question du « protectionnisme » ?

Il faut y regarder à deux fois – et, surtout, faire l’effort de se déprendre des catégories les plus (faussement) évidentes, par le truchement desquelles s’opère la construction du débat public – pour apercevoir combien ces problématisations peuvent être parfois fragiles, voire purement et simplement dénuées de sens. Or, c’est très clairement le cas de la question du « protectionnisme » de même que de celle, connexe, de la « concurrence non distordue », qui toutes les deux réussissent cette performance de donner lieu à des flots de commentaires sur des expressions d’une parfaite absurdité. Redouter le « retour du protectionnisme » n’a en effet de sens que si nous estimons vivre dans une situation de non-protectionnisme. Dans le sabir communautaire international, le non-protectionnisme a pour nom « level playing field », soit « terrain de jeu aplani », en d’autres termes : absence de toute aspérité et de toute dénivellation qui perturberait le parfait plain-pied où l’on veut jeter les compétiteurs.

Mais ce non-protectionnisme existe-t-il ? Et même : pourrait-il jamais exister autrement qu’en fantasme ? A quelques malhonnêtes entorses près, sans cesse corrigées par les bienveillantes autorités de la Commission, la concurrence non distordue règne, nous dit-on, en Europe. Concurrence non distordue vraiment avec l’Estonie, qui fixe à zéro son impôt sur les sociétés (5) ? Avec la Roumanie, où les employés de Renault-Dacia payés 300 euros par mois représentent une sorte d’élite salariale ? Avec la Pologne, qui refuse toute réglementation environnementale – et les coûts qui l’accompagnent ? Avec le Royaume-Uni, qui dévalue subrepticement sa monnaie de 30 % contre l’euro, et, d’un claquement de doigts, diminue d’autant ses prix d’export ? Avec le Luxembourg, dont la transparence bancaire fait paraître limpide une flaque de pétrole ? Concurrence non distordue sans doute également avec la Chine, et avec le Vietnam, bien connu pour la générosité de sa protection sociale, ou pourquoi pas la Birmanie, puisque BK Conseils nous certifie que le travail forcé y est une légende (6).

Tel est donc le tragique contresens de « l’antiprotectionnisme », qui s’obstine à créer les conditions formelles du marché, en oubliant systématiquement toutes les protections structurelles qui rendent, dès le départ, l’échange inégal. Pour que le « non-protectionnisme » ait un sens, il faudrait ajouter aux règles du libre-échange l’hypothèse de parfaite identité structurelle des systèmes socioproductifs mis en concurrence… Or, cette hypothèse est évidemment délirante. Fiscalité, protection sociale, niveaux de vie, réglementation environnementale, taux de change, droit du travail, tolérance sociale aux inégalités, préférence politique pour les coûts collectifs de services publics : les économies sont différentes en tout. Et, dès lors que le regard cesse d’être obnubilé par les seules règles de marché, il apparaît que les structures socioproductives, en tant qu’elles sont irréductiblement hétérogènes, sont des distorsions « acquises », qui plus est de long terme, qui rendent proprement chimérique un projet conséquent de level playing field. Le « nonprotectionnisme » n’existe pas autrement qu’en fantasme, car, à part le délire de l’économie-un-seul-monde définitivement homogénéisée, toutes les différences restent autant de distorsions, c’est-à- dire, pour certains, de protections de fait.

Ceux qui tirent leur fiscalité vers le bas, qui ne veulent ni des coûts de la protection sociale ni des coûts de la protection environnementale, ceux qui manipulent leur change, ceux dont le droit du travail autorise toutes les pressions salariales, tous ceux-là sont à l’abri de formidables barrières et n’ont nul besoin de droits de douane ou d’obstacles non-tarifaires pour s’ébattre et prospérer dans le commerce international libéralisé. Le monde différencié, le nôtre pour longtemps encore, est par conséquent – à savoir : en tant qu’il est différencié – protectionniste ! N’est-il pas absurde alors de hurler à la « menace protectionniste » dans un monde qui l’est nécessairement ? A moins, focalisant jusqu’à l’hystérie le regard sur certaines protections, que ce soit pour mieux faire oublier les autres.

On voudrait croire qu’il n’y a, parmi les enragés de la « concurrence libre et non distordue », que des cyniques – pour qui le level playing field n’est que l’instrument rhétorique et pratique d’un rebasculement du rapport de force entre le capital et le travail, par régime du commerce international interposé. Au moins, ceux-ci ont-ils les idées au clair et ne se racontent-ils pas d’histoire. Mais il y a, dans ces rangs, bien plus encore d’ahuris, qui croient vraiment ce qu’ils disent et persistent à ne pas voir que leur célébration de la concurrence non distordue dans les marchés a pour effet de faire jouer de la pire des manières – la plus déniée et la plus destructrice – la concurrence très distordue par les structures.

Par un paradoxe que jamais, semble-t-il, les amis des « grands marchés » de toutes sortes ne parviendront à saisir, la concurrence non distordue s’avère donc le parfait complément du protectionnisme des structures. Et, puisque organiser la seule concurrence par les règles de marchés, c’est feindre d’ignorer les effets de protection (ou de vulnérabilité) des structures pour les laisser jouer plus violemment, on pourrait même dire en un raccourci bien fondé que la « concurrence non distordue (7) », c’est le protectionnisme ! Car il n’y a pas moyen plus efficace de maximiser la brutalité des rencontres compétitives entre entités appartenant à des environnements structurels hétérogènes que de les plonger dans le faux level playing field des marchés grands ouverts. On peut alors donner au raccourci précédent sa formulation plus précise : la concurrence des marchés, c’est le protectionnisme (dénié) des structures.

Pareil aux scolastiques qui disputaient de la nature substantielle de la Sainte Trinité, les horrifiés du protectionnisme font un motif de scandale d’un problème qui n’a pas de sens, puisque la « menace » ainsi brandie est déjà trivialement, dans les faits, quoique systématiquement, occultée. C’est pourquoi l’alternative de la concurrence non faussée ou du protectionnisme n’a pas plus de valeur que celle de l’unité ou de la tripartition des êtres célestes, et que le concept de « protectionnisme » est simplement absurde, dès lors qu’il est envisagé comme solution pour remplacer un système qui serait pur de toute distorsion. Nous vivons dans le monde de la différence, donc de la distorsion de fait, c’est-à-dire dans un monde – eh oui, c’est un aveu difficile qu’il leur faudra consentir – protectionniste. La concurrence entre des entités qui ne sont pas strictement identiques est immédiatement faussée par leurs différences mêmes – d’où résulte que le concept de concurrence non faussée est une parfaite ineptie. Et celui de protectionnisme avec, du même coup.

Si donc nous vivons dans un monde de fait protectionniste et voué à le rester – sauf le fantasme de la « grande homogénéisation » du monde –, il faut prendre son parti de l’inanité de la discussion qui s’obstine à opposer le protectionnisme aux bienfaits du « libre-marché ». Rendons-nous à l’idée que le problème est tout entier plongé dans le registre du protectionnisme lui-même, qu’il n’en sortira pas, et qu’il n’y a dès lors plus qu’à choisir entre ses différents degrés et ses différentes formes. Ce débat prend, pour le coup, tout son sens, puisqu’à ce moment seront mises sur la table toutes les sortes d’hétérogénéités, de différences, de protections et d’inégalités entre lesquelles il faudra nécessairement passer des compromis – c’est-à-dire envisager de corriger des distorsions par des distorsions contraires (et compensatrices).

Il s’agit évidemment là d’une révolution copernicienne, que refuseront également les cyniques et les ahuris, quoique pour des raisons fort différentes. Et, pourtant, il faudra bien s’y faire : si, du fait des différences de structures, c’est la non-distorsion qui est l’inégalité, alors l’égalité appelle la distorsion. Si Organisation mondiale du commerce a un sens, autre que celui, dévoyé, de « promotion du libre-échangisme », c’est bien celui, littéralement parlant, que le commerce international nécessite d’être organisé pour que les distorsions correctrices soient instituées sur des bases stabilisées par la négociation, plutôt qu’aspirées par la spirale divergente des impositions unilatérales et des représailles qui s’ensuivent.

Or, c’est là un objectif en soi très atteignable, on ne voit donc pas quelle objection de principe, ou de pratique, pourrait lui être opposée. En tout cas certainement pas celle des « anti-protectionnistes », qui soutiennent qu’il n’est pas d’autre base de négociation possible que l’arasement libre-échangiste, et que toute distorsion fait nécessairement tomber dans la spirale des représailles hors de contrôle. En effet, contrairement à ce que ceux-ci imaginent, l’actuelle OMC ne fait finalement pas autre chose que stabiliser une certaine configuration de distorsions – mais des distorsions structurelles recouvertes par le level playing field commercial. Négocier des distorsions stabilisées n’a, de fait, rien d’une chimère, puisque c’est l’ordinaire de l’activité !

A ceci près, toutefois, que ce sont les distorsions les plus gênantes qui sont stabilisées, et de la pire des manières : sans le dire et sans les avoir posées ni reconnues comme telles. A l’inverse de ceux qui, confondant, par bêtise ou par intérêt, liberté et anarchie, voient toute réelle organisation – comprendre : toute organisation d’autre chose que du chaos level playing field – comme un très grand malheur, il faut donc rappeler qu’organiser la coexistence de différences est l’objet d’une politique. Et, qu’en cette matière, les plus conscientes d’elles-mêmes sont toujours les meilleures.

(1) Nouvelobs.com, 13 février 2009. (2) Leparisien.fr, 11 février 2009. (3) Courrier International, 2 février 2009. (4) Christine Lagarde à Davos, 31 janvier 2009. (5) Pour les bénéfices réinvestis ; 28 % sur les bénéfices distribués. (6) En 2002, la société BK Conseils, dont Bernard Kouchner est l’unique employé, « blanchit » l’entreprise pétrolière Total, accusée de .

.Une tactique étrange pour critiquer l' U.E.

.  C'est avec curiosité et intérêt que j'ai constaté une nouvelle méthode efficace et inventive pour critiquer l'UE: elle consiste à lui reprocher le mauvais usage qu'elle fait des pouvoirs qu'on lui a refusés ! Pourquoi l'Europe ne peut-elle pas prendre actuellement, en tant que telle, des initiatives de nature militaire spectaculaires et efficaces ? Parce qu'on ne lui a jamais confié les compétences pour le faire. Malgré les avancées du Traité de Lisbonne, la politique de sécurité et de défense demeure largement nationale, et elle est de toute manière régie par la règle de l'unanimité. José Manuel Barroso a eu raison de le rappeler à la partie du Parlement européen qui reprochait vertement aux autres institutions de ne pas décider d'intervenir militairement en Libye, en observant que « certaines critiques devraient être adressées non pas à l'UE mais à certains gouvernements ».

Pourquoi Guy Verhofstadt ne veut-il pas le comprendre ? Il a été dans son pays l'un des premiers ministres les plus pro-européens de toute l'histoire de l'unification européenne ; en tant que parlementaire européen, il appuie toutes les positions de pointe, il en est même souvent à l'origine ; il vivifie les débats. Son intervention du 16 mars en session plénière, il l'avait conclue en déclarant qu'il ne compte plus sur l'UE, mais sur la France et le Royaume-Uni pour agir à l'égard du colonel fou de Libye. Il n'avait pas tort en citant ces deux pays, mais il se trompait en s'en prenant à l'UE comme ensemble. Pour que celle-ci puisse agir, il aurait fallu lui confier davantage de pouvoirs à l'époque où M. Verhofstadt était Premier ministre. De son côté, M. Van Rompuy a rappelé que le Conseil européen continuait à travailler de manière intensive en faveur d'une action internationale en Libye, mais que les compétences de l'UE en tant que telle étaient limitées. Les décisions opérationnelles sont intervenues entre-temps, mais ce n'est pas de la faute de la Commission ni de celle du Conseil européen si l'UE n'avait pas la possibilité d'en délibérer en tant qu'ensemble.

........Reprocher à l'UE de ne pas utiliser actuellement des pouvoirs qui ne lui ont été jamais octroyés relève d'une certaine démagogie, qui pourrait être utile si elle a pour résultat de relancer et d'approfondir l'Europe de la défense, pour laquelle le Traité de Lisbonne a prévu des possibilités de développement. Si c'est le cas, merci M. Verhofstadt, même si pour le moment vos accusations, quelle que soit votre verve polémique, sont injustes.

Ferdinando Riccardi..Conseil ou Commission pour gouverner l'Europe ?........ .La montée en puissance du Conseil est une réponse à l'attente de tous ceux qui reprochent à l'Union son caractère anti-démocratique.

.....« L'exécutif des exécutifs » qui peut germer et s'organiser à partir et autour du Conseil, et cela sans recourir à une constitution ou à un nouveau traité, ne sera pas perçu comme une spoliation des pouvoirs des nations et de leur dirigeants, mais comme le lieu de décision d'une fédération inédite, certes, mais légitime.

.....La Commission, qui ne figure pas dans le schéma traditionnel d'une organisation fédérale classique, a une image trop technocratique et réglementaire, aux yeux du public, et perçue comme telle par les responsables politiques, pour être envisagée sérieusement, par les partisans d'une Europe fédérale, comme futur gouvernement de l'Europe.

.....La Commission, responsable devant le Parlement, chargée de proposer, de coordonner et d'exécuter, a toute sa place, depuis le Traité de Lisbonne, pour mettre en œuvre et renforcer la politique voulue par la majorité qualifiée du Conseil ( qui devrait s'intituler Conseil exécutif ), validée par le système de codécision.



Le brevet européen en danger...



.....Les langues nationales doivent être défendues, coûte que coûte.. L'Europe a la mission de les préserver. C'est la richesse collective d'un patrimoine diversifié.

......Mais nul ne peut nier l'importance de l'anglais dans les relations internationales ; On peut le regretter ;L «espéranto » moderne s'est imposé ; Les nouvelles générations l'ont adopté ; Nul ne peut s'en affranchir.

.....Il était, dès lors, raisonnable, que le « brevet européen » soit rédigé en anglais puisque les intéresses, chercheurs, scientifiques, techniciens, industriels, sont tous au fait de l'anglais.

.....Imposer la rédaction simultanée en français ou en allemand ne pouvait que conduire à bloquer cet indispensable outil de protection économique de la Communauté.

.....L'opposition de l'Espagne et de quelques autres partenaires, est parfaitement légitime quand deux Etats s'arrogent la liberté de les éliminer.

.....La France et l'Allemagne ont d'autre domaines plus stratégiques pour défendre leurs langues respectives. Ils n'en n'ont pas de plus inopérants que celui des brevets internationaux.



Lisbonne II

...Avec un tel programme, la Commission peut jouer les utilités, mais elle opère dans le virtuel...Tout ce moulinage de concepts a pour objet de sauver les apparences. Le drame est que rien ne change véritablement.

...Pire, au fil des années, l'écart se creuse en recherche-développement entre les États-Unis et l'Europe, et la Chine s'apprête à nous dépasser en nombre de chercheurs.

...Le contraste, la distance entre les discours convenus, les communiqués ronflants à l'issue des Conseils européens et la réalité sont insupportables et ruinent un peu plus le crédit politique;

...Dans ces conditions, la stratégie de Lisbonne fait bien sûr l'objet de réexamens périodiques. Son invocation sert d'échappatoire.

...C'est une sorte de supercherie que j'entends dénoncer tant je suis impatient de voir émerger enfin une souveraineté européenne, seule capable dans une économie mondiale de réguler les échanges avec le reste du monde et de nous permettre de préserver nos intérêts vitaux tout autant que nos valeurs.

Jean Arthuis

Le modèle européen.

L

La crise globale qui frappe la planète a brutalement réévalué le modèle européen. Le modèle libéral américain n'est pas l'horizon indépassable de l'avenir du monde. L'idéologie du laisser-faire, qui le sous-tend, est au contraire inadaptée au monde global et systématique dans lequel nous sommes entrés.

Si on laisse faire le marché, il produit des dégâts sociaux, écologiques, économiques irréversibles. Loin de s' autoréguler, il s'autodétruit. Le sentiment général est qu'au contraire, les clés se trouvent en Europe, dans ses modes de régulation sociaux-démocrates, dans son souci de justice sociale et de préservation de l'environnement, dans sa capacité à travailler dans le cadre d'une coopération multilatérale. Le modèle européen ne représente plus le monde d'hier, mais au contraire la promesse d'un autre « Nouveau Monde ».

Olivier Ferrand



Changer de politique ...



Jean-Claude TRICHET exposait en 1992 les principes de la « désinflation compétitive » qu'il défendait : Politique monétaire stricte, réduction des budgets, désengagement de l'État du secteur productif ».

Alors que la libre circulation des capitaux réduit le pouvoir de la puissance publique sur les entreprises et sur la fiscalité, la réduction des budgets, prônée par le directeur de la B.C.E., prive encore les États de toute possibilité d'interventions, d'arbitrages, de police et surtout de garantie, compte tenu de l'intérêt général.

Le désengagement fragilise nos entreprises qui sont la proie de placements spéculatifs puis de délocalisations avec, à la marge, le pillage de nos technologies : La désindustrialisation de l'Europe continentale est en marche : Elle va rattraper la situation de la Grande-Bretagne dans ce domaine.

Enfin, l'immense avantage d'un grand marché, pour nos entreprises, et d'une monnaie unique, est annihilé par la politique monétaire « stricte », pratiquée par la B.C.E avant la crise, ce qui rend encore moins compétitifs nos produits sur la scène mondiale.

Tout ce qui affaiblit l'État affaiblit nos entreprises. Tout ce qui affaiblit nos entreprises détricote et ronge l'Europe, avec en prime, la désinflation ... sans la compétitivité. .........



.....................   L'Europe et l'Islam

 

...La géographie commande l'histoire et l'histoire des religions est indissociable de la géographie des religions.

...Les Américains sont les fils  d'une terre vierge et leurs enfants, exilés des quatre coins du monde. 

...La culture américaine, c'est le mélange.

...Si pour Barak OBAMA " il ne faut pas imposer, au nom de la société libérale, une façon de vivre" (2), la géographie impose à l'Europe, pour préserver sa culture, son histoire et sa façon de vivre, une autre approche du monde musulman, si proche.

...La leçon de tolérance du Président américain à Caen, qui accompagne le discours néo-religieux du Caire, ne concerne que les Américains.

...Les vilains européens qui refusent l'adhésion de la Turquie, d'une part, et l'emprise du voile dans leurs écoles et les quartiers, contribuent, plus sûrement que la politique américaine, à concilier Islam et modernité.

...Par son discours, qui globalise le monde de l'Islam, OBAMA récuse Atatürk et affaiblit l'Europe comme modèle de société et vitrine de la démocratie pour les musulmans.

...L'Europe n'a pas comme mission exclusive d'accompagner l'Islam sur le chemin de la rédemption : Elle y perdrait son âme et sa pratique de la laïcité.

..." L'Union européenne est une alliance de civilisation"  (1) mais certainement pas une alliance des civilisations... pour ne plus être rien !               

                         (1)   José Luis Zapatero      (2) Coin de presse, après les questions associant Turquie et voile islamique par le journaliste du Monde à Caen



le « coming out » de l'Economist et du Financial Times ( 7 février 2009 )

Les crises font, en définitive, progresser le processus d'intégration politique européenne. Ce phénomène, maintes fois constaté dans la brève histoire de l'UE, oblige les États à une coordination de plus en plus étroite de leurs réactions à la crise . Seule l'UE peut protéger les Européens dans ces circonstances : pour protéger la zone Euro, les institutions et les États membres sont amenés ,non seulement, à coordonner plus étroitement que jamais leurs opérations de sauvetages financiers - voire industriels - mais également à concevoir de nouvelles initiatives non expressément prévues par les Traités et jusqu'ici sur la seule compétence de ces États membres.

Ces initiatives reviendraient, de facto, à mettre en œuvre certains éléments d'une politique économique commune ( par exemple, une coordination des politiques budgétaires nationales) permettant à l'Union monétaire de traverser la tempête financière actuelle.

La théorie « fonctionnaliste » du développement de l'intégration européenne ( l 'intégration acquise dans un secteur entraînant nécessairement celle d'autres secteurs liés au premier) et de son accélération à l'occasion des crises (économiques ou politiques) serait ainsi une nouvelle fois démontrée...



Europe-Russie.

Dans le jeu politique comme dans la vie, celui qui est en position d’infériorité sera toujours tenté, pour ne pas perdre la partie, de faire un esclandre ou de créer un différent.

Ainsi naissent les crises qui s’enchaînent sur des conflits : Celui de Géorgie n’est rien d’autre qu’une tentative pour stopper la politique d’encerclement » voulue par Washington.

La politique d’encerclement, sous la bannière de l’OTAN est une mauvaise croisade qui ne correspond pas aux réalités du moment.

Les intérêts de tous les européens sont liés aux relations pacifiques et équilibrés avec le grand voisin russe.

C'est aussi dans l'intérêt du monde occidental



Lettre ouverte à M. Cohn-Bendit

Paroles d'Européens



Les âmes, M.Cohn-Bendit, comme la matière ont des limites.

L'Europe a une âme et aussi des limites que la majorité des citoyens réclame pour adhérer à L'Union.

Les Européens, dans leur immense majorité, ne veulent pas de l'entrée de la Turquie, c'est une certitude, comme il est évident que vous dénaturez les intentions des populations en déformant le sentiment identitaire légitime des uns par la xénophobie et la pensée réactionnaire de quelques autres... afin de mieux imposer votre opinion.

Aucun leader, même le plus ardent, ne peut se substituer à la multitude : En politique, plus qu'ailleurs, il n'existe pas de vérité absolue ; La votre en l'occurence.

Nier une culture spécifique européenne pour justifier l'entrée de la Turquie, c'est contester toutes formes de civilisations, façonnées par la géographie, l'histoire, une religion, des invasions, une mémoire.

Votre vision irrationnelle de l'Europe est une vision totalitaire qui ne peut que destructurer l'idée même de communauté politique, désincarner le modèle qu'elle représente dans le monde et dans le cœur des concitoyens...pour faire du projet des pères fondateurs une entreprise exclusivement cosmopolite.



déclaration de M. Cohn-Bendit :

Oui mais comment ? Cette question souvent jugée sensible ne l'est en réalité que pour des raisons de forme et non de fond. Aussi longtemps que les discours, notamment politiques, continueront de poser la question identitaire en des termes qui érigent notre patrimoine historique et culturel en barrière, l'exercice demeure totalement stérile.

Sans parler de ceux qui, sous couvert du dialogue interculturel se fendent d'associations scabreuses mêlant au passage « immigration, Islam et civilisation », pour s'immiscer dans le registre de l'irrationnel et exploiter tout ce que la société peut receler de xénophobie.

Il ne s'agit donc pas de nier les spécificités ou de sombrer dans une forme de relativisme culturel mais d'éviter l'écueil de la fermeture identitaire qui en dépit de phénomènes continus d'acculturation, nourrit la pensée réactionnaire. Affirmer par exemple que la Turquie n'est pas européenne revient à invoquer une culture européenne qui n'est autre que mythique.

La déconstruction des « métaphysiques » identitaires ne nous empêche pas d'assumer notre héritage mais au contraire d'en élargir les horizons.

Dès sa mise en orbite, l'union européenne s'est fondée sur le droit et le respect du pluralisme. « Unie dans la diversité », une formule finalement complexe qui nous force à penser. ( Daniel Cohn-Bendit )



La véritable union démocratique

L'Europe, c'est le droit pour chacun de défendre sa position tout en évitant toute situation de leadership. Car il n'y a pas de communauté démocratique possible sans l'absence de toute forme de domination d'un ou de plusieurs États de l'Union à l'égard des autres, petits ou grands....C'est la pratique durable de la gouvernance de l'U E : Le compromis raisonnable pour se préserver des affrontements.

Certains s'étonnent que le P.P.E. et le P.S.E. soient à la recherche d'un candidat commun pour assurer la Présidence de la Commission, en 2009.

Il faut applaudir une telle initiative qui place l'idée européenne et son fonctionnement au dessus des vaines querelles et des ambitions politiciennes, pour privilégier des majorités d'idées.

«  Ce qu'on appelle union dans un corps politique est une chose très équivoque : La vraie union d'harmonie qui fait que toutes les parties, quelques opposées qu'elles nous paraissent, concourent au bien général de la société » . (1)

L'Europe a confirmé, à Strasbourg, que la fraternité et l'harmonie entre ses États, était une pratique démocratique plus efficace que les tensions et les challenges solitaires. (1) Montesquieu

Le potentiel européen  

Les américains ne perçoivent plus la France comme un acteur d'attirance et d'influence culturelle, artistique, et scientifique .

Face à la déferlent d'outre-atlantique, dans tous les domaines, l'espace réduit de notre hexagone n'est pas favorable aux grandes ambitions, sauf à se placer dans le moule dominant.

Il en est de même pour les allemands, les italiens, les anglais ou les espagnols. De tradition chrétienne occidentale, réunis et désunis par une histoire commune depuis mille ans, avec la même volonté de s'accaparer le monde, nos chers et vieux pays n'ont cessé de construire une même et unique civilisation dont ils ne connaissent pas le formidable potentiel faute d'une traduction politique qui additionne leurs énergies... et qui ne peut être que fédérale.



Concurrence et politique industrielle

La Commission revendique une position très dogmatique sur la  concurrence alors qu'il est manifeste que « la politique de concurrence ne suffit plus à faire une stratégie ». (1)

La concurrence, affranchie de tout contexte, est de plus en plus antinomique d'une politique industrielle efficace.

C'est la situation des trente glorieuses, avec la formidable accélération de nos économies obtenue par la création du grand marché, qui occulte les nouvelles réalités.

La globalisation des échanges dans le monde pose, aujourd'hui, d'autres questions et d'autres réponses que la lutte contre les monopoles.

Les contraintes voulues par Bruxelles, au nom de la concurrence libre et non faussée, sont un frein à la politique industrielle.

Cette politique impose, à l'échelle européenne, des synergies, des fusion, des regroupements et des spécialisations entre les acteurs de production, des pools et des consortiums, soutenus par des fonds publics, si nécessaire .

Sauf à vouloir détruire l'outil de travail des Européens, Bruxelles doit se préparer à sa nouvelle mission

(1) Jérôme BEDIER, Président de la commission Europe du MEDEF





      l'Europe, la croissance et les entreprises stratégiques

La France n'a pas toujours su gérer au mieux son secteur public ou valoriser ses participations, ni surtout protéger ses entreprises stratégiques. Il sera très important d'obtenir que l'Union européenne se dote des instruments de protection des entreprises stratégiques de l'Union, sans en définir explicitement la liste. Si l'Union ne se dote pas de tels moyens, et si une société stratégique pour la croissance de l'Europe devait faire l'objet d'une offre hostile, la France n'aurait d'autre choix que d'adopter la même doctrine pragmatique que la Grande-Bretagne en la matière; L'agence des participations de l'État pourra devenir l'instrument de cette politique.

Jacques Attali

   L’Europe chrysalide

                        Chercher l’impossible est le plus sûr moyen de compromettre les moyens d’aboutir plus raisonnablement au même résultat.  

                    S’y ajoute l’inconséquence de ne pas vouloir les moyens de ce que l’on veut .  

                   Ainsi en est’ il de  toutes les initiatives qui risquent de menacer l’existence du futur « traité réformateur des institutions européennes », d’en compliquer sa ratification en donnant aux adversaires de l’Union des arguments supplémentaires pour faire échouer le Traité et tous les progrès essentiels qui l’accompagnent.  

                   Rechercher l’adhésion populaire par un Référendum à l’échelle de la communauté est une intention louable à condition que les principaux partis politiques, vecteurs d’une telle consultation, soient unanimes, cette fois, pour proposer une Europe résolument fédérale, et donc compréhensible par tous. Il n’en est rien.  

                    Il est dangereux d’exiger des gens des choix qu’ils ne peuvent appréhender en dehors d’une conscience européenne fermement établie : on ne mobilise pas les foules pour une technostructure !  

                    L’Europe est une chrysalide qui a besoin de temps pour se convaincre de ses mérites et persuader les citoyens de ses vertus.     

                                                                                          Les contradictions de Jean-Claude Junker… et de beaucoup d’autres, adeptes du référendum. 

                           "Les peuples  ont plus de bon sens que  leurs dirigeants"

                         « Je reproche à certains dirigeants d’avoir, le lendemain du « non » au référendum, abandonné leurs convictions européennes. Si un peuple ne vous suit pas est-ce une raison pour changer de fusil d’épaule » .                                                        

                                                                                                                                 

    Contribution au projet de "Protocole social"  : Politique Industrielle Commune :     Une Politique Industrielle Commune. 

Préambule :    L'existence même d'une Union européenne dépend de sa capacité à répondre aux difficultés sociales de ses concitoyens : c'est la leçon du 29 Mai 2005.

                        L'Union ne peut dissocier son idéal de liberté et de démocratie d'une Politique qui donne la priorité à la solidarité envers tous les citoyens. ( l'esprit républicain)

                        Cette solidarité doit devenir, grâce au Protocole social, le maître mot de la communauté européenne :

                                                                                                Solidarité entre les corps sociaux.

                                                                                                      Solidarité entre les Etats 

                                                                                                        Solidarité économique.

                                                                                                                                      

                       L'industrie traditionnelle, en Europe, est confrontée à une concurrence inégale qui provoque la disparition de secteurs vitaux du tissus économique, avec la perte irréversible du savoir faire manufacturier, le déracinement de ses habitants et la surpopulation dans les villes, la montée du chômage et de l'assistanat ( 4% du P.I.B. dans l'Union ).

                       C'est aussi un déficit stratégique que la haute technologie ne comble pas, mais qui accentue la dépendance de l'Europe toute entière vis à vis des autres puissances régionales.

                       La Commission a pris acte, depuis le référendum français, de la vulnérabilité des catégories sociales directement menacées par la Mondialisation, en proposant des aides à la reconversion !

                       Le fond social européen, une grande partie des fonds de développement régional, et les budgets considérables des États consacrés à la reconversion et à  la non-activité, seraient mieux utilisés à soutenir directement l'emploi, le coût de l'emploi et seulement l'emploi, dans les secteurs qui sont confrontés à la concurrence "sauvage".

                       L'Union sauverait, indirectement, l'entreprise, fragilisée par ses prix de revient prohibitifs et contrainte, au mieux, de délocaliser.

                       Il ne s'agit nullement d'une opération protectionniste mais d'un dispositif économique qui ne supprime en rien l'émulation par la concurrence.

                       Elle répond, seulement, à la loi du marché quand celle-ci est aveugle à l'intérêt collectif des européens. 

                      C'est aussi un transfert utile du budget des Etats vers l'Union, seule en capacité de mener à bien une telle mission.                       



L’Europe solidaire :  l’impôt salutaire…  

           La dynamique de la consommation est obtenue par la baisse des prix qui suscite la demande.

           Mais cette baisse des prix est, elle, procurée par des importations des pays à bas coût salariaux qui détruisent nos emplois et laissent une partie de la population exclue de la consommation. 

           Sachant que plus le coût du travail est faible, plus les employeurs embauchent, l’impôt qui se nourrit de la dynamique de la consommation, en grande partie, doit choisir, dans ses priorités,  de subventionner les entreprises, dans les secteurs défaillants, pour leur permettre d’embaucher ou de réembaucher, tout en faisant baisser le coût du travail , et non à financer plans sociaux, primes de l’emploi et indemnités de chômage.

           C’est le cercle vertueux de la compétitivité retrouvée, pour les plus fragiles, dans l’Europe unie.   

  



  archives : Proposition « d’Edouard Balladur»

 Le Serpent fiscal et social

( propos recueillis par Ed. Fayard.)

 

     La question aujourd’hui essentielle est bien celle de la croissance et de l’emploi en Europe. Dans la crise que l’Union européenne connaît actuellement, l’urgence est de démontrer qu’il est encore possible de progresser en s’attaquant au chômage et à l’atonie économique, notamment par la voie de l’harmonisation fiscale et sociale.  

    Mieux vaut ne pas se laisser arrêter par l’argument selon lequel la concurrence entre les économies nationales au sein même de l’Union est en soi un facteur de progrès, le marché équilibrant naturellement, à terme et de manière optimale, les avantages et les inconvénients résultant pour chacun de ses choix. 

    Les Etats de la zone Euro ont un intérêt majeur à mieux coordonner leurs politiques économiques. A la vérité, une coordination des politiques fiscales et sociales au sein de la zone Euro est le complément nécessaire de l’institution d’une monnaie unique, et la condition d’une croissance plus harmonieuse. Son but est clair :  permettre à la zone Euro de soutenir la concurrence avec les grandes zones économiques du monde en mettant en œuvre, de façon collective, les réformes indispensables.                                
 
                  

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